« Il restera de toi » est un texte fréquemment attribué à Simone Veil qui circule abondamment sur internet et dans les livrets de cérémonie funéraire, bien que son origine exacte demeure incertaine. Ce poème touchant évoque ce qui persiste d’une personne disparue à travers les souvenirs, les gestes quotidiens et les petits moments partagés, offrant une vision apaisante de la mort comme continuité plutôt que rupture totale. Dans mon expérience de fleuriste qui accompagne régulièrement les familles endeuillées, j’ai constaté combien ce texte résonne profondément avec ceux qui cherchent des mots pour exprimer leur chagrin et honorer la mémoire de leurs proches, et je vais vous aider à comprendre pourquoi il touche tant de cœurs et comment l’utiliser avec justesse.

L’origine mystérieuse de ce texte
Contrairement à ce que suggèrent de nombreux sites internet, l’attribution de ce texte à Simone Veil, figure majeure de la République française décédée en 2017, n’est pas formellement établie. Aucune publication officielle, aucun recueil poétique, aucune archive ne confirme que l’icône politique et survivante de la Shoah en soit l’auteure véritable.
Ce texte a probablement commencé à circuler sur les réseaux sociaux et les forums de condoléances au début des années 2000, période où internet facilitait la diffusion virale de contenus anonymes. L’association avec le nom de Simone Veil est peut-être apparue après son décès en 2017, moment où de nombreux hommages lui ont été rendus et où sa notoriété a conduit à lui attribuer divers textes sur le deuil et la mémoire. Cette attribution posthume, bien qu’invérifiable, a contribué à populariser encore davantage le poème.
Les spécialistes de littérature funéraire et les chercheurs qui se sont penchés sur la question n’ont trouvé aucune trace d’une publication antérieure sous la signature de Simone Veil. Le style du texte, sa construction, son vocabulaire ne correspondent pas non plus particulièrement à la prose ou aux discours de Veil tels qu’on les connaît dans ses interventions publiques ou son autobiographie « Une vie ». Cette incertitude sur l’origine n’enlève rien à la beauté et à la puissance émotionnelle du texte, mais elle invite à une certaine prudence dans son attribution.
Un phénomène courant dans les textes funéraires
Ce flou sur l’origine n’est pas rare dans le domaine de la littérature funéraire. De nombreux textes circulent sur internet avec des attributions fantaisistes ou erronées. Des poèmes anonymes se voient régulièrement attribués à Victor Hugo, à l’abbé Pierre ou à d’autres figures aimées du public, cette attribution leur conférant une légitimité et une autorité qui favorisent leur diffusion. Le nom célèbre fonctionne comme un label de qualité qui rassure ceux qui cherchent des mots justes pour leurs cérémonies.
Dans le cas de Simone Veil, son statut de survivante des camps de concentration, son combat pour la dignité humaine et sa stature morale exceptionnelle ont pu conduire à lui attribuer spontanément des textes qui résonnent avec ses valeurs. Cette attribution reflète peut-être davantage ce que le public souhaite associer à sa mémoire qu’une réalité documentée. Peu importe finalement l’auteur véritable si le texte accomplit sa mission : consoler, apaiser, honorer.
Explorons maintenant les thèmes de ce texte.

Les thèmes principaux du poème
Indépendamment de son origine incertaine, ce texte aborde des thématiques universelles du deuil et de la mémoire qui expliquent sa résonance auprès d’un public très large. Sa structure énumérative crée un effet de litanie apaisante qui accompagne le lecteur dans son cheminement mémoriel.
Le texte développe l’idée que la mort physique n’efface pas totalement une personne. Ce qui persiste se trouve dans les souvenirs concrets et quotidiens : un geste familier, une expression favorite, une habitude partagée, un objet chéri. Cette vision matérialiste et incarnée du souvenir contraste avec les consolations religieuses traditionnelles qui parlent d’âme éternelle ou de paradis. Ici, l’immortalité réside dans la mémoire des vivants et dans les traces tangibles laissées dans le monde sensible.
L’évocation des petits riens du quotidien touche particulièrement. Le texte ne célèbre pas les grands accomplissements ou les moments héroïques, mais ces instants minuscules qui tissent la trame d’une vie partagée : une odeur de cuisine, une façon de rire, un coin de table préféré, une marotte verbale. Cette attention aux détails infimes reconnaît que l’amour se niche dans ces microscopiques manifestations plutôt que dans les déclarations grandiloquentes. Ce réalisme tendre parle directement au cœur des endeuillés.
La continuité plutôt que la rupture
Le texte propose une vision du deuil comme continuité transformée plutôt que rupture totale. La personne disparue continue d’exister différemment, non plus dans son corps mais dans ses effets persistants sur le monde et sur ceux qui l’ont aimée. Cette perspective philosophique apaise ceux qui ne trouvent pas de consolation dans les discours religieux traditionnels sur l’au-delà. Elle offre une forme de spiritualité laïque où l’immortalité se mesure à l’empreinte laissée dans les vies touchées.
Cette approche résonne particulièrement avec notre époque sécularisée où beaucoup cherchent des rituels et des mots qui ne présupposent pas une foi religieuse. Le texte ne mentionne ni Dieu, ni âme, ni vie éternelle au sens théologique, mais parle une langue accessible à tous indépendamment des convictions. Cette universalité explique largement son succès dans des sociétés de plus en plus pluralistes où les références religieuses partagées se raréfient.
La dimension consolatrice fonctionne également par accumulation. La répétition de « il restera » crée un effet d’insistance qui persuade progressivement le lecteur. Oui, la personne est morte physiquement, mais tant de choses persistent qu’elle n’a pas vraiment disparu complètement. Cette rhétorique de l’accumulation transforme graduellement le désespoir en une forme d’espérance mélancolique.
Voyons maintenant comment utiliser ce texte.
Utiliser ce texte lors des obsèques
Malgré l’incertitude sur son origine, ce texte trouve naturellement sa place dans les cérémonies funéraires contemporaines. Sa popularité témoigne qu’il répond à un besoin réel de mots justes pour accompagner le moment difficile de l’adieu.
Le texte peut être lu durant la cérémonie elle-même, que celle-ci soit religieuse, civile ou laïque. Sa neutralité spirituelle le rend compatible avec tous les contextes. Dans une église, il s’intègre harmonieusement entre les lectures bibliques et les prières liturgiques. Dans un crématorium ou une salle de cérémonie civile, il offre une dimension poétique et spirituelle sans référence confessionnelle. Sa durée de lecture (environ deux minutes) convient parfaitement aux formats de cérémonie standard.
La personne qui lit ce texte doit être choisie avec soin. Un membre de la famille proche, un ami intime ou même le maître de cérémonie peuvent assurer cette lecture. L’essentiel reste que le lecteur maîtrise son émotion suffisamment pour porter le texte de façon audible et posée. Une lecture trop précipitée ou entrecoupée de sanglots empêche l’assistance de recevoir pleinement les mots. Je conseille toujours au lecteur de s’entraîner plusieurs fois à la maison, à voix haute, pour apprivoiser le texte et identifier les passages émotionnellement difficiles.
L’intégration dans le livret de cérémonie
Ce texte figure fréquemment dans les livrets de cérémonie distribués aux participants. Cette inclusion permet à chacun de suivre la lecture et de conserver ensuite le texte comme souvenir. Dans le livret, je recommande de ne pas attribuer formellement le texte à Simone Veil puisque cette paternité reste incertaine. Préférez une mention neutre comme « Texte d’auteur inconnu » ou simplement le titre sans attribution. Cette honnêteté intellectuelle évite de propager une information invérifiable.
Le texte peut également être imprimé sur un marque-page offert aux participants, calligraphié sur un beau papier encadré et exposé lors de la cérémonie, ou encore gravé sur une plaque commémorative si la famille le souhaite. Ces supports matériels prolongent la présence du texte au-delà de la cérémonie et offrent un point d’ancrage concret au souvenir. Dans mon atelier, je propose parfois d’associer le texte à une composition florale : le texte calligraphié accompagne les fleurs, créant un hommage qui unit le végétal et le verbal.
Certaines familles choisissent de personnaliser légèrement le texte en ajoutant des détails biographiques spécifiques au défunt. Cette adaptation, tant qu’elle respecte l’esprit général, rend l’hommage encore plus personnel et touchant. Vous pouvez par exemple remplacer des formules génériques par des références précises : au lieu de « ton rire », écrire « ton rire éclatant qui résonnait dans toute la maison ». Ces ajustements subtils ancrent le texte universel dans la réalité particulière de la personne disparue.
Abordons maintenant d’autres textes similaires.

D’autres textes pour accompagner le deuil
Si ce texte attribué à Simone Veil vous touche, d’autres œuvres littéraires abordent des thématiques similaires avec la même sensibilité. Ces alternatives, souvent d’auteurs identifiés, offrent une richesse complémentaire pour vos cérémonies ou votre cheminement personnel dans le deuil.
Victor Hugo, dans « Les Contemplations », a écrit de magnifiques textes sur le deuil après la mort tragique de sa fille Léopoldine. « Demain, dès l’aube » reste probablement le poème funéraire le plus connu de la littérature française. Sa simplicité bouleversante, son rythme de marche qui mime le pèlerinage du père vers la tombe de sa fille, sa retenue émotionnelle qui rend l’émotion encore plus poignante en font un texte idéal pour les cérémonies. D’autres poèmes hugoliens comme « À Villequier » ou « Elle avait pris ce pli » explorent différentes facettes du deuil parental avec une profondeur inégalée.
Paul Éluard, poète du XXe siècle, a également écrit sur la perte et le souvenir. Ses textes, plus modernes dans leur forme mais tout aussi émouvants, parlent de la continuité de l’amour au-delà de la mort. Sa langue accessible et ses images concrètes touchent un large public sans nécessiter de connaissances littéraires particulières. Les poèmes dédiés à sa première femme Gala ou à sa seconde épouse Nusch explorent avec sensibilité la permanence du lien affectif malgré la séparation définitive.
Les textes philosophiques et spirituels
Au-delà de la poésie, certains textes philosophiques ou spirituels offrent des perspectives apaisantes sur la mort. Les stoïciens romains (Marc Aurèle, Sénèque, Épictète) ont développé une sagesse face à la mortalité qui reste étonnamment moderne. Leurs méditations sur l’acceptation de l’inévitable, sur la valeur du moment présent, sur l’importance de bien vivre plutôt que de craindre la mort résonnent avec notre époque anxieuse. Ces textes courts, souvent sous forme d’aphorismes, se prêtent bien à la lecture lors des cérémonies ou à la méditation personnelle.
Les traditions bouddhistes proposent également des perspectives sur l’impermanence et le deuil qui consolent sans référence à un dieu créateur. L’idée que tout est transitoire, que la souffrance naît de notre attachement aux choses éphémères, que la mort fait partie du cycle naturel de l’existence offre un cadre philosophique pour appréhender la perte. Des auteurs contemporains comme Matthieu Ricard ou Thich Nhat Hanh ont vulgarisé ces enseignements dans une langue accessible aux Occidentaux.
Les psaumes bibliques, particulièrement le Psaume 23 (« L’Éternel est mon berger ») ou le Psaume 130 (« Du fond de l’abîme »), constituent des classiques de la littérature funéraire pour les familles de tradition chrétienne ou juive. Leur ancienneté millénaire, leur beauté poétique et leur profondeur spirituelle continuent de toucher même des publics sécularisés. Ces textes ont accompagné tant de générations dans le deuil qu’ils portent en eux une mémoire collective consolatrice.
Voyons maintenant comment accompagner ces textes floralement.
Associer fleurs et textes pour les hommages funéraires
Dans ma pratique de fleuriste, j’ai développé l’art d’associer compositions florales et textes poétiques pour créer des hommages complets qui touchent simultanément la vue, l’odorat et l’esprit. Cette convergence entre le végétal et le verbal enrichit considérablement l’expérience mémorielle.
Lorsqu’une famille me demande une composition florale pour accompagner la lecture d’un texte comme celui attribué à Simone Veil, je choisis des fleurs qui incarnent la permanence et le souvenir. Les roses blanches, symboles d’amour éternel et de pureté, correspondent parfaitement à l’idée que quelque chose persiste au-delà de la mort. Les immortelles, qui conservent leur forme et leur couleur même séchées, matérialisent littéralement la permanence évoquée par le texte. Les myosotis (ne-m’oubliez-pas) portent dans leur nom même l’injonction de mémoire qui anime le poème.
Les compositions que je crée pour ces occasions privilégient la sobriété et la durabilité. Plutôt que des arrangements spectaculaires mais éphémères, je compose des ensembles équilibrés qui mêlent fleurs fraîches et éléments séchés, créant ainsi une métaphore végétale de la continuité entre vie et mort. Une branche de feuillage persistant (eucalyptus, laurier) structure l’ensemble et survivra longtemps aux fleurs fraîches, symbolisant ce qui demeure. Quelques roses ou lys apportent la beauté de la vie en son plein épanouissement. Des éléments séchés ou stabilisés (lavande, immortelles, graminées) évoquent la transformation plutôt que la disparition.
Les cartes poétiques accompagnant les bouquets
Quand des clients commandent des fleurs pour des condoléances, je propose systématiquement d’y joindre une carte portant quelques vers appropriés. Ces cartes transforment un bouquet en message complet qui console autant par les mots que par les fleurs. Pour ceux qui apprécient le texte attribué à Simone Veil, je peux en recopier quelques lignes sur une belle carte manuscrite qui accompagnera les fleurs.
Cette pratique de marier fleurs et poésie remonte à des traditions anciennes. Au XIXe siècle, le « langage des fleurs » permettait de communiquer des sentiments complexes à travers le choix des espèces. Aujourd’hui, nous avons largement perdu cette connaissance symbolique, mais l’association de quelques vers explicites avec les fleurs remplit la même fonction : donner du sens, exprimer l’indicible, créer de la beauté face à l’horreur de la perte. Les familles conservent souvent ces cartes poétiques longtemps après que les fleurs ont fané, elles deviennent des reliques laïques du souvenir.
Lors des cérémonies, je suggère parfois de disposer autour du cercueil ou de l’urne des compositions florales accompagnées chacune d’une citation différente sur le thème du souvenir et de la continuité. Les participants peuvent ainsi cheminer entre ces stations poétiques et florales, méditant sur chaque association de mots et de végétaux. Cette scénographie transforme l’espace de cérémonie en jardin de mémoire où sens et sensible se répondent harmonieusement.
Abordons maintenant le contexte culturel du deuil contemporain.
Le deuil contemporain et les nouveaux rituels
La popularité de textes comme celui attribué à Simone Veil reflète des transformations profondes dans notre rapport à la mort et au deuil. Les sociétés occidentales contemporaines, largement sécularisées, cherchent de nouveaux rituels et de nouveaux mots pour accompagner les passages existentiels fondamentaux.
Les cérémonies funéraires traditionnelles, fortement codifiées par les religions, convenaient à des sociétés homogènes où la majorité partageait les mêmes croyances. Aujourd’hui, la pluralité des convictions (chrétiens de diverses obédiences, musulmans, juifs, bouddhistes, agnostiques, athées) rend ces cadres traditionnels moins universellement pertinents. Les familles mixtes sur le plan religieux ou philosophique peinent souvent à trouver des rituels qui conviennent à tous les participants. D’où l’émergence de textes « neutres » spirituellement mais riches émotionnellement qui peuvent rassembler des publics hétérogènes.
La personnalisation croissante des cérémonies funéraires constitue une autre tendance majeure. Plutôt que des liturgies standardisées, les familles souhaitent des hommages qui reflètent vraiment la personnalité du défunt : ses passions, ses valeurs, son humour, ses citations favorites. Cette individualisation nécessite de nouveaux textes, plus variés, qui sortent du répertoire conventionnel. Un texte comme celui attribué à Simone Veil, par sa focalisation sur les détails quotidiens et personnels, se prête parfaitement à cette approche biographique du deuil.
Le rôle des réseaux sociaux dans le deuil
Internet et les réseaux sociaux ont profondément transformé les pratiques de deuil. Les pages commémoratives Facebook, les sites de condoléances en ligne, les blogs de deuil créent de nouveaux espaces d’expression et de partage. Ces plateformes favorisent la circulation de textes comme celui de notre article, qui se diffusent viralement d’un endeuillé à l’autre, créant une forme de communauté virtuelle du chagrin.
Cette dimension numérique du deuil contemporain soulève des questions inédites. Comment honorer dignement un mort à l’ère des selfies et des likes ? Comment préserver l’intimité du chagrin dans l’exhibitionnisme généralisé des réseaux sociaux ? Comment distinguer le partage authentique de l’émotion de sa mise en scène performative ? Ces tensions traversent notre époque et se reflètent dans les choix que font les familles pour leurs cérémonies. Certaines interdisent explicitement les photographies et demandent aux participants d’éteindre leurs téléphones. D’autres au contraire encouragent le partage sur les réseaux, voyant dans cette diffusion une forme d’hommage démultiplié.
Les textes comme celui attribué à Simone Veil circulent précisément grâce à ces réseaux numériques. Leur brièveté, leur émotion concentrée, leur message universel les rendent parfaits pour le partage viral. Un ami poste le texte sur Facebook après des obsèques, d’autres le partagent, il circule de profil en profil, touche des milliers de personnes qui le conservent pour leurs propres futurs deuils. Cette transmission numérique remplace la transmission orale traditionnelle par laquelle les textes funéraires se perpétuaient autrefois.
Explorons maintenant les alternatives créatives.
Créer vos propres textes d’hommage personnalisés
Plutôt que d’utiliser un texte existant, aussi beau soit-il, certaines familles préfèrent composer leurs propres hommages qui reflètent exactement leur relation unique avec le défunt. Cette création originale, bien qu’intimidante, produit souvent les moments les plus touchants des cérémonies.
Pour écrire un texte d’hommage personnel, commencez par lister concrètement ce qui vous manquera de la personne disparue. Non pas des qualités abstraites (« il était gentil, généreux, courageux ») mais des détails sensoriels et comportementaux précis : sa façon de siffloter en préparant le café, son pull préféré tout élimé qu’elle refusait de jeter, l’expression qu’il utilisait systématiquement dans telle situation, le gâteau qu’elle cuisinait pour chaque anniversaire. Cette accumulation de détails concrets crée une présence beaucoup plus vivante que les généralités vertueuses.
Organisez ensuite ces éléments selon une structure simple. Vous pouvez reprendre la formule répétitive « Il restera / Elle restera » qui fonctionne si bien dans le texte attribué à Simone Veil, ou inventer votre propre anaphore (répétition d’un même début de phrase). Cette répétition crée un rythme qui porte le lecteur et facilite la mémorisation. Elle transforme aussi une simple liste en texte poétique par la magie de l’itération.
Les ateliers d’écriture pour le deuil
De plus en plus de thérapeutes et d’accompagnants proposent des ateliers d’écriture spécifiquement destinés aux personnes endeuillées. Ces espaces protégés permettent d’explorer par les mots la complexité du deuil : la tristesse bien sûr, mais aussi la colère, la culpabilité, le soulagement parfois, les souvenirs heureux, les regrets, la gratitude. L’écriture devient alors un outil thérapeutique qui aide à traverser les différentes phases du deuil.
Ces ateliers enseignent que tous les mots sont permis, même les plus « laids » ou « inappropriés ». Le deuil génère des émotions contradictoires et parfois violentes que la bienséance sociale nous pousse à refouler. L’écriture privée offre un exutoire où tout peut se dire sans censure. Ces textes bruts, non destinés à être partagés, accomplissent un travail psychique essentiel. Certains participants choisissent ensuite de transformer ces écrits cathartiques en textes plus élaborés pour les cérémonies, d’autres préfèrent conserver cette dimension privée de leur cheminement.
Les enfants bénéficient particulièrement de ces approches créatives du deuil. Dessiner, écrire, bricoler autour de la personne disparue les aide à exprimer des émotions qu’ils ne savent pas encore verbaliser de façon conventionnelle. Un enfant qui écrit « Mamie, tu me manques quand je mange tes crêpes » exprime une vérité profonde dans une langue simple et directe que les adultes ont parfois perdue. Ces productions enfantines, lues lors des cérémonies, touchent souvent davantage que les discours les plus élaborés par leur authenticité brute.
Terminons par des conseils pratiques.
Conseils pratiques pour utiliser les textes funéraires
Au-delà du choix du texte lui-même, plusieurs aspects pratiques méritent attention pour que la lecture lors de la cérémonie produise l’effet émotionnel souhaité.
La préparation du lecteur reste primordiale. Même le plus beau texte échouera s’il est bredouillé, inaudible ou interrompu par les sanglots. Je conseille toujours au lecteur désigné de s’entraîner plusieurs fois à la maison, à voix haute, chronomètre en main. Cette répétition permet d’identifier les passages émotionnellement difficiles où la voix risque de se briser, et de développer des stratégies pour les traverser : respirer profondément avant, ralentir le débit, fixer un point au fond de la salle plutôt que les visages des proches.
Avoir un plan B reste prudent. Si le lecteur pressenti craint de ne pas tenir émotionnellement, désignez une personne de secours qui pourra prendre le relais en cas de défaillance. Cette précaution n’est ni un aveu de faiblesse ni un manque de respect, mais simplement du réalisme face à l’intensité émotionnelle de ces moments. Certaines personnes préfèrent même enregistrer leur lecture à l’avance, cette version audio étant diffusée pendant la cérémonie pendant qu’elles restent assises. Cette solution technique évite le stress de la performance en direct.
Le contexte matériel de la lecture
Le support physique du texte influence la qualité de la lecture. Évitez les feuilles volantes qui tremblent visiblement et trahissent la nervosité du lecteur. Préférez un petit carnet rigide ou une feuille cartonnée qui reste stable dans les mains. La typographie doit être suffisamment grande (police 14-16 minimum) pour être lisible même avec des larmes dans les yeux ou dans la pénombre d’une église. Aérez le texte avec des sauts de ligne entre les paragraphes qui facilitent la respiration du lecteur.
L’acoustique du lieu conditionne également la réception. Dans une grande église aux résonances importantes, le lecteur doit parler lentement et distinctement, en articulant exagérément. Dans une petite salle de crématorium, un débit normal suffit. Demandez toujours s’il y a un micro disponible et testez-le avant la cérémonie pour régler le volume et vous familiariser avec le son de votre voix amplifiée. Un texte magnifique devient incompréhensible s’il est mal sonorisé ou inaudible.
Le moment choisi pour la lecture dans le déroulé de la cérémonie importe aussi. Au tout début, quand l’émotion est à son comble et que les gens viennent juste de s’asseoir, une lecture risque de se perdre dans le brouhaha des dernières installations et des pleurs encore incontrôlés. Après un premier temps de musique ou d’autres interventions, quand l’assemblée s’est un peu apaisée, le texte sera mieux reçu. À la toute fin, juste avant la sortie du cercueil ou la dispersion, il peut constituer un message d’adieu particulièrement fort.
Voilà, vous connaissez maintenant l’essentiel sur ce texte « Il restera de toi » fréquemment attribué à Simone Veil, ses usages funéraires et les alternatives possibles. Qu’il soit ou non de la plume de l’illustre femme politique importe finalement moins que sa capacité à consoler et à accompagner dignement les adieux. Les mots justes face à la mort restent rares et précieux, quelle que soit leur provenance exacte.
Dans mon expérience d’accompagnement des familles endeuillées, j’ai constaté que ces textes remplissent une fonction essentielle : ils donnent une forme verbale à l’informe du chagrin, ils créent un cadre rituel pour une expérience qui menace toujours de nous submerger, ils transforment le silence terrifiant de la mort en un dialogue apaisé avec la mémoire. Que vous choisissiez ce texte particulier, un poème classique ou vos propres mots, l’essentiel reste de parler sincèrement, de dire ce qui compte vraiment, d’honorer la vie qui s’est éteinte tout en reconnaissant qu’elle continue différemment dans nos cœurs et nos souvenirs.
Les fleurs que nous déposons, comme celles que je compose quotidiennement pour accompagner ces moments difficiles, matérialisent cette continuité : elles aussi sont vivantes puis fanent, mais leur beauté éphémère a consolé et adouci le temps de leur présence. Comme lorsque nous cherchons les mots pour présenter nos condoléances ou que nous réfléchissons aux façons de nous souvenir de nos défunts, cette quête de justesse dans l’hommage témoigne de notre humanité profonde et de notre refus que la mort ait le dernier mot.

Je suis Adèle, créatrice de Poèmes-Fleurs. Après 8 années dans une boutique parisienne, j’ai choisi de retourner à mes racines pour créer ma pépinière écologique près d’Étampes. Je cultive avec passion plus de 50 espèces de fleurs, dont certaines protégées, en utilisant uniquement des méthodes naturelles. Maman de deux enfants et amoureuse de la nature, je partage ici mes conseils, mes créations et ma philosophie : vivre en harmonie avec le végétal. Chaque fleur a une histoire, chaque bouquet est un poème.
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